La place du vin dans l’ayurveda : aliment ou poison ?

La place du vin dans l’ayurveda : aliment ou poison ?

30 octobre 2019

Le vin n’est pas une boisson soudainement devenue à la mode sous la houlette des réseaux sociaux, il est cultivé et consommé depuis des milliers d’années.

Mais ce n’est pas parce que le vin existe depuis « toujours » qu’il est nécessairement bon pour nous, pas vrai ?

Les chiffres semblent montrer que l’on en consomme de plus en plus, et c’est peu de dire que sa culture et sa popularité ont bien évolué au fil du temps.

Si certaines données scientifiques montrent qu’une consommation modérée de vin pourrait être associée à quelques effets positifs sur la santé, on sait aussi qu’une consommation excessive comporte son lot de risques.

Jamais aucun médecin n’encouragera un patient qui ne boit pas d’alcool à boire du vin sous le simple prétexte que les pépins et la peau des raisons sont bourrés d’antioxydants.

En Ayurveda, on dit que tout aliment peut être un poison et un médicament, voyons ce que dit la médecine holistique sur le vin.

Un peu d’histoire avant tout

Certains archéologues datent la culture du raisin et la vinification entre 6 000 et 4 000 ans avant J.-C. en Mésopotamie et dans les zones côtières de la mer Caspienne.

À cette époque, seuls les aristocrates, les membres de la royauté et les membres du clergé appréciaient ce breuvage divin, tandis que les paysans, eux, buvaient de la bière, de l’hydromel et de l’ale.

Jancis Robertson, dans « The Oxford Companion to Wine, 3rd Edition » écrit que d’anciens documents sumériens datant de 2200 avant J.-C. mentionnent le vin comme une forme de médecine.

histoire du vin
Foulage du raisin dans un cuve monolithique, fresque de la tombe de Nakht

Dans l’Egypte antique, le vin était aussi dégusté par la royauté et les classes supérieures, et on aurait retrouvé de la vaisselle égyptienne datant de 3150 avant J.-C. contenant des traces de ce breuvage.

Certains chercheurs émettent la théorie que de grands récipients étaient remplis de vin et de certaines plantes pour être utilisé en médecine préventive.

Quand la vinification est arrivée dans la Grèce antique, elle a été appréciée par toute la société, c’est alors que le vin est devenu populaire non seulement dans la littérature, la religion, les loisirs, la médecine, mais aussi la mythologie.

Hippocrate, sobrement surnommé le « père de la médecine occidentale » en faisait la promotion dans le cadre d’une alimentation saine.

Il affirmait également que le vin était bon pour désinfecter les plaies, mais aussi comment antidouleur durant l’accouchement ou encore pour réduire les symptômes de diarrhée.

Le philosophe de la Grèce Antique Théophraste considérait que le vin avait été offert par Dionysos aux hommes pour compenser la vieillesse en éloignant sa mélancolie, et les faisant se sentir jeunes à nouveau, sentiment partagé par Platon.

Puis des centres de viticulture se sont mis à apparaître dans tout le sud de l’Europe, puis en Allemagne et dans le reste du continent.

Dans la Bible, l’Apôtre Paul recommandait de temps en temps un peu de vin pour faciliter la digestion. Pendant l’épidémie de choléra de 1892 à Hambourg en Allemagne, le vin était utilisé pour stériliser l’eau.

Puis vint le mouvement de Tempérance dans les années 1800 qui visa notamment à réduire la consommation de boissons alcoolisées, commençant à reconnaître l’alcoolisme comme une maladie.

Voilà pour cette courte tranche d’histoire sur le vin, si vous voulez en apprendre plus, je vous invite à commencer par lire la page Wikipédia dédiée.

Les différents types de vin et leurs propriétés respectives

Si certaines données scientifiques semblent montrer que le vin pourrait nous être bénéfique, ces effets positifs ne sont pas uniquement dus aux effets de sa teneur en alcool.

Dans une étude comparant les effets du vin rouge à 12% d’alcool par rapport à ceux du vin rouge à 6% d’alcool, les bienfaits se sont révélés être identiques.

Un autre composant que l’alcool contribuerait donc aux bienfaits santé de la consommation modérée de vin.

Vin rouge et vin blanc sont à peu près similaires en termes de calories et de teneur en alcool par volume, mais il existe quelques différences dans l’activité antioxydante de chacun…

Le vin rouge

Le vin rouge est fermenté (c’est par ce processus de transformation que les glucides se changent en alcool) avec les restes du raisin, y compris la peau et les pépins.

Cela signifie que le vin rouge est plus riche en polyphénols (un type d’acide associé aux antioxydants) présents dans les peaux, en particulier le resvératrol. Les plantes produisent naturellement du resvératrol pour combattre les bactéries et les champignons.

Ce dernier est un puissant antioxydant dont les chercheurs étudient encore les propriétés anti-inflammatoires et antioxydantes.

On a tendance à dire qu’une consommation modérée de vin rouge pourrait être liée à :

  • une réduction du risque de dépression (conclusion d’une analyse de données sur 2 683 hommes et 2 822 femmes âgés de 55 à 80 ans sur une période de sept ans, voir source)
  • une réduction de certains types de cancers comme le cancer du côlon
  • une longévité accrue grâce aux composés resvératrol et procyanidines, comme l’ont toujours pensé les moines (aujourd’hui, les scientifiques tendent à le penser également, même s’il faut prendre l’info avec des pincettes puisque l’étude en question menée à Harvard a été réalisée sur des souris)
  • une potentielle diminution des douleurs articulaires, encore une fois grâce au resvératrol

Le vin blanc

Contrairement au vin rouge blanc, le vin blanc est fait de la seule pulpe du raisin. Les peaux sont exclues du processus de fermentation, donc la plupart de notre fameux resvératrol aussi.

Le vin sera néanmoins toujours riche en antioxydants bienfaisants.

Le vin blanc a également tendance à contenir plus de sucre, de sulfites, et de conservateurs que le vin rouge.

Ses bienfaits sont moins évidents et nécessitent des recherches plus approfondies.

Il est toutefois intéressant de noter que la consommation de vin blanc a récemment été associée à une augmentation de 13% des cancers de la peau (source). Il n’y aurait dans cette étude, pas de biais possible avec le temps passé au soleil, car les cas de cancer de la peau se produisaient surtout dans des endroits où les gens n’y étaient généralement pas exposés.

Toutefois, des études complémentaires sont nécessaires sur la question.

Après ce que l’on vient de voir, on pourrait se dire que boire du vin en quantité modérée, en privilégiant le vin rouge et un achat vin biodynamique ne peut être qu’une bonne chose.

Un petit « ballon » par jour n’a jamais tué personne et nombreux sont les témoignages de centenaires à déclarer qu’une si belle longévité est l’oeuvre du « sang de la vigne ».

Mais plus que jamais l’adage « corrélation ne signifie pas causalité » s’applique ici, et l’ayurveda voit tout ceci d’un œil différent, explications.

Le vin vu par l’ayurveda

vin ayurveda
Selon l’ayurvéda, chaque aliment est à la fois un poison et un médicament !

En Inde, le vin est traditionnellement utilisé pour la santé plus que pour la célébration ou pour accompagner un bon repas.

Certains vins ayurvédiques sont documentés sous les noms d’Arishthas, d’Asavas, ou encore de Draksharishta,

Le draksharishta est par exemple le vin le plus ancien d’Inde, il s’agit d’une recette ayurvédique composée de jus de raisin et d’herbes, mais sans le processus de microfiltration que les vignobles modernes utilisent, et sans le contrôle rigoureux de la température dans sa fabrication et son stockage.

Avec son gout vinaigré et ses notes boisées, il peut être prescrit par les médecins ayurvédiques comme un sirop, à raison de 6 cuillères mélangées dans un même volume d’eau au moment des repas.

Il aiderait à renforcer la paroi interne de l’intestin et pourrait améliorer les fonctions respiratoires, aider avec le rhume, la toux, les problèmes de digestion, l’asthme et les reflux acides !

Pour ce qui est du « vrai vin » comme on le consomme par chez nous, il faut savoir que l’Ayurveda définit les caractéristiques biologiques d’un corps humain par ses doshas qui sont au nombre de 3 : vata, pitta et kapha.

Chaque être peut avoir un dosha dominant ce qui fait qu‘il n’existe pas deux corps identiques selon l’ayurveda, et à ce titre, certains aliments/boissons peuvent être bons pour un individu et mauvais pour un autre, c’est pourquoi je vous disais tout à l’heure que corrélation ne voulait pas dire causalité.

Ce n’est pas parce qu’une grand-mère de 100 années de vie boit du vin tous les jours depuis 75ans que vous allez devenir centenaire en faisant de même.

Le vin possède un effet chaud et desséchant sur le corps en raison de sa nature diurétique.

La consommation de vin doit être propre à chaque corps

Il est un concept essentiel en ayurveda, il s’agit de celui d’Ojas.

L’Ojas est en quelque sort votre réserve d’énergie vitale, c’est elle qui est à l’origine de votre bonne humeur et de la résistance de votre organisme aux agressions extérieures.

En gros, l’ojas représente votre vigueur, votre vitalité, votre force, votre santé, votre immunité et votre bien-être mental et émotionnel, rien que ça !

consommation vin ayurvedaPour savoir comment en consommer selon l’ayurveda, vous devez au préalable connaître votre dosha dominant pour appliquer les principes suivants :

  • si vous êtes Vata : optez pour un vin non gazéifié (pas de champagne ni de moscato) afin d’éviter d’ajouter davantage d’air à votre l’alimentation. Optez plutôt pour un vin plus doux et plat, comme un bon vin rouge.
  • si vous êtes Pitta : vous ne devriez probablement pas du tout consommer de vin, ou alors très peu (60ml max), pour ne pas aggraver votre digestion. Si des symptômes de reflux, des bouffées de chaleur dans les joues ou une augmentation de la température corporelle surviennent, diminuer ou arrêter totalement votre consommation. Pour ce qui est du type de vin, préférez des vins amers ou astringents, comme un chardonnay sec.
  • si vous êtes Kapha : votre système digestif (souvent lent) pourrait bénéficier d’un vin rouge qui aiderait peut être à allumer le feu digestif et à assécher l’excès d’humidité dans le corps.

Les Vatas ont tendance à avoir un niveau d’ojas plus bas que les Kaphas ou les Pittas parce qu’ils s’épuisent plus rapidement.

Lorsqu’une personne est atteinte d’une maladie auto-immune ou qu’elle a subi un traumatisme, elle a également un faible taux d’ojas.

En ayurveda on dit que l’alcool diminue nos réserves d’ojas. Si vous avez un faible Agni (comprenez votre feu digestif), l’alcool n’est pas non plus recommandé pour vous.

Le message derrière tout ça : écouter son corps

Tout ceci peut vous paraître mystique, mais il n’en air rien, c’est au contraire très simple et d’une logique imparable : tout est question d’écouter votre corps et d’augmenter votre niveau de conscience pour vous accorder avec votre feu digestif.

Si vous avez pour habitude de boire régulièrement un peu de vin le soir en rentrant d’une grosse journée de travail et que vous avez de petits tracas de santé (une digestion compliquée par exemple), pourquoi ne pas faire le test d’arrêter complètement le vin et observer les changements.

Si vous rentrez à la maison stressé ou frustré, il se peut parfaitement que les qualités de l’alcool intensifient ces sentiments ! À la place, optez par exemple pour un cours de yoga, qui devrait vous passer l’envie d’alcool.

Sachez aussi qu’une portion standard de vin en ayurveda correspond environ à 80ml (ce qui est inférieur aux 1dl de vin souvent préconisés). Toute consommation supérieure à cette quantité risque d’épuiser votre ojas.

En conclusion

Il n’y a rien de mal à boire du vin, et l’ayurveda n’interdit absolument pas sa consommation (modérée).

Mais vous ne devriez peut-être pas vous contenter de suivre les recommandations générales quand il s’agit de vin.

Ces « règles » générales ne sont pas mauvaises en soi, mais la consommation de vin devrait toujours être établie en fonction de chaque individu, selon ses antécédents personnels, sa dépendance à l’alcool ou encore ses conditions médicales spécifiques.

Les personnes diabétiques par exemple devraient toujours consulter un médecin et un nutritionniste en ce qui concerne la consommation d’alcool, ce dernier pouvant aggraver les effets de le médicamentation.

L’Ayurvéda et la science moderne se rejoignent sur un point : une consommation modérée de vin pourrait être bénéfique sur la santé, toutefois, comme tout médicament, cette consommation doit être faite consciemment, ou alors pas du tout (bien que de nombreuses études à l’instar de celle de The Lancet tire le signal d’alarme d’une consommation modérée d’alcool quotidienne).

Au-delà de ça, c’est à vous de développer votre « conscience de soi » et d’observer les effets de l’alcool sur vous.

Quand il vous arrive de boire un verre ou deux de vin, peut être avez-vous de légers maux de tête, peut être vous sentez-vous plus fatigué, déshydraté ou faites-vous l’expérience de raideurs articulaires ?

Alors le vin pour vous, poison ou médicament ?

*Ces informations sont destinées à des fins éducatives exclusivement et ne sauraient absolument pas substituer des conseils médicaux professionnels, un diagnostic ou un traitement. Demandez toujours l’avis de votre médecin ou d’autres professionnels de la santé qualifiés si vous avez des questions au sujet d’un problème de santé.

Références et lectures complémentaires :

Effect of alcoholic beverages on postprandial glycemia and insulinemia in lean, young, healthy adults

Lowering the alcohol content of red wine does not alter its cardioprotective properties.

Wine, beer, alcohol and polyphenols on cardiovascular disease and cancer.

Alcohol intake, wine consumption and the development of depression: the PREDIMED study.

 

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